Le contenu de cet article est soumis à évolution en fonction de l’avancée des études sur le sujet.
Un des moyens de propagation de la Covid-19 est la contamination des surfaces touchées. Pour cette raison, la désinfection des surfaces est devenue un sujet de préoccupation pour toutes les entreprises.
Plusieurs distributeurs commercialisent des générateurs d’ozone. Ce gaz instable a en effet un fort pouvoir oxydant, recherché pour inactiver les bactéries, moisissures, levures, virus. Ces appareils génèrent une concentration d’ozone variable en sortie de générateur, généralement comprise entre 10 et 50 ppm (partie par million, unité de concentration atmosphérique d’un gaz), pendant 15 minutes jusqu’à plusieurs heures. Ceci peut aboutir à une concentration dans l’atmosphère d’un local de l’ordre de 3 à 5 ppm.

  • Est-ce efficace sur le coronavirus ?
    Sur le plan théorique, les capacités d’oxydation de l’ozone permettent de présumer une efficacité sur le coronavirus : en effet, il pourrait endommager par peroxydation l’enveloppe lipidique du virus, l’inactivant ainsi.
    Cependant, et comme l’indique le HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique) dans un avis en date du 7 juillet :
    « L’IOA (International Ozone Association) [17] n’a connaissance d’aucune recherche et d’aucun essai menés spécifiquement sur le coronavirus SARS-CoV-2. Au meilleur de ses connaissances, la recherche évaluée par les pairs n’est pas encore terminée et donc aucune conclusion définitive ne peut être citée concernant l’inactivation par l’ozone du virus SARS-CoV-2. »
    En l’état des connaissances scientifiques, à date de rédaction, l’efficacité théorique de l’ozone sur le coronavirus n’est pas confirmée.
    Par ailleurs, au-delà de l’efficacité pure de l’ozone sur le coronavirus, et comme pour tout procédé de désinfection, le résultat final dépend de plusieurs paramètres (propreté de la surface, temps d’application, température…). Une désinfection suivra donc un protocole précis et interviendra toujours après un nettoyage. Ce dernier aura éliminé les salissures, qui peuvent nuire à l’action du désinfectant.

 

  • Quels sont les risques ?
    Du fait de son pouvoir oxydant, l’ozone peut être à l’origine d’irritations cutanées, oculaires, et respiratoires, d’atteintes neurologiques, comme des maux de têtes, ou des troubles de la coordination. Une exposition chronique peut être à l’origine de pathologies pulmonaires affectant la capacité respiratoire.
    D’après REPTOX, répertoire toxicologique de la Commission des Normes, de l’Equité, de la Santé et de la Sécurité du Travail au Québec, les effets cités ci-dessus peuvent être ressentis sur certaines plages de concentration d’ozone dans l’air inhalé :

    Concentration en ppm dans l’airEffets probables à la suite d’une exposition aiguë
    0,01-0,02Limite de détection olfactive
    0,08-0,1 (5 à 6 heures)Diminution de plusieurs paramètres respiratoires (pendant un exercice physique)
    0,1Valeur plafond
    0,2-1Effets sur le système nerveux central (maux de tête somnolence, fatigue, étourdissements)
    0,3-0,6Réaction inflammatoire au niveau des voies respiratoires
    0,5 (3 heures)Modifications au niveau du système sanguin
    1Irritation des yeux et des voies respiratoires
    4-5Œdème pulmonaire
    5Danger immédiat pour la vie et la santé (DIVS)
    50 (quelques minutes)Mort

     

    Source

    En France, deux valeurs limites d’exposition professionnelle indicatives existent pour l’ozone, leur respect permettant de s’assurer de l’absence d’effets sur la santé :
    – Concentration moyenne maximale dans l’air sur une durée de 8 heures : 0,1 ppm
    – Concentration moyenne maximale dans l’air sur une durée de 15 minutes : 0,2 ppm
    En tenant compte d’une concentration de 3 à 5 ppm dans un local sous traitement à l’ozone, comme écrit précédemment, cela signifie que la concentration d’ozone pendant le traitement dépasse de plus de dix fois la concentration moyenne maximale recommandée, que ce soit sur 15 minutes ou 8 heures.
    Le recours à des équipements d’ozonation dans des locaux de travail peut donc exposer à un risque chimique.
    Attention : en cas d’utilisation d’un dispositif d’ozonation dans un véhicule, dont le volume est plus réduit qu’un local, les concentrations atteintes pourraient être supérieures à 3 ou 5 ppm.

  • Mesures de prévention
    Au regard des concentrations générées pendant traitement, le risque pour la santé est réel en cas de présence humaine dans le local / le véhicule. Le traitement des locaux par ozone gazeux doit donc faire l’objet d’un protocole rigoureux, non limitatif :

    • Absence de personnel dans le local pendant le traitement, et accès impossible,
    • S’assurer de l’absence de fuites vers les locaux adjacents,
    • Affichage du traitement en cours sur les accès au local, avec indications des risques et mesures de prévention,
    • Aérer suffisamment longtemps le local après son traitement,
    • Disposer d’un dispositif de contrôle de la concentration résiduelle en ozone, pour s’assurer de pouvoir accéder de nouveau au local,
    • En cas de besoin d’une intervention urgente dans le local, disposer d’un appareil respiratoire isolant, avec protection oculaire.
  • En conclusion
    La désinfection des surfaces par l’ozone est réalisée à des concentrations qui, si elles sont nécessaires à son efficacité, peuvent impliquer des effets sur la santé.
    Des mesures de prévention adaptées doivent donc accompagner sa mise en place.
    Dans le cas où une désinfection s’avère nécessaire en complément du nettoyage des locaux (voir FAQ INRS), et au regard des risques et des incertitudes actuelles sur l’efficacité de cette technique sur le coronavirus, il est à ce jour recommandé de rechercher un procédé de désinfection moins risqué, en respect des principes de prévention.

Sources : Alerte INRS et ANSES

Article initialement publié le 6 juillet 2020